#FEMSmicroBlog: Vous avez de l’agar? Dites merci à Angelina Hesse!

02-11-2021

Angelina Fanny Hesse fut l’esprit créatif derrière l’utilisation de l’agar-agar dans les milieux de culture pour la culture des micro-organismes. Même si l’agar est un ingrédient indispensable dans tout laboratoire de microbiologie, sa contribution reste largement méconnue. Dans ce blog, Vanesa Ayala raconte l’histoire de cette découverte. #MicrobiologyIsEverywhere

*To the original English version: #FEMSmicroBlog: Got agar? Say thanks to Angelina Hesse!*

C’est juste un autre jour au labo. Il y a une odeur sucrée et de levure dans l’air.

Bip bip bip.

L’autoclave vient de se terminer, et vous versez 50 plaques d’agar pour le travail de cette semaine. En attendant qu’elles refroidissent et se solidifient, vous fixez la substance jaunâtre ressemblant à de la gélatine et vous vous demandez: Qui y a pensé? C’est une idée si intelligente et si essentielle pour faire tout travail de microbiologie.

En tant que microbiologiste, pouvez-vous imaginer la vie sans agar?

 

Tranches de pommes de terre, gélatine ou agar-agar? Demandez à Lina Hesse

Angelina (Lina) Fanny Hesse (1850-1934) a été la première à proposer l’utilisation de l’agar-agar comme milieu de culture pour la croissance et l’isolement des bactéries. Sa contribution à la microbiologie est cruciale, mais très peu reconnue.

Angelina Fanny Hesse, 1883 (Wikipédia)

Avant Lina Hesse, le travail de classification des micro-organismes était si complexe que Linnaeus classait toutes les bactéries dans l’ordre Chaos. À l’époque, il était extrêmement difficile d’identifier les micro-organismes parce que vous ne pouviez pas les cultiver et les isoler correctement en laboratoire (et parce que les analyses moléculaires n’étaient évidemment pas encore disponibles).

Les milieux de culture comprenaient de la polenta, du blanc d’œuf coagulé, de la viande, des tranches de pomme de terre et de la gélatine. Pouvez-vous imaginer cultiver vos cultures bactériennes sur de la polenta? Bonne chance avec ça. Et pour la gélatine, elle fond à 37 °C et peut être dégradée par les bactéries.

Avant Lina Hesse, le travail de classification des micro-organismes était si complexe que Linnaeus classait toutes les bactéries dans l’ordre Chaos.”

Lina Hesse était une illustratrice scientifique et une assistante technique travaillant sans rémunération pour son mari Walther Hesse, qui faisait partie du laboratoire de Robert Koch en Allemagne. Walther et Robert Koch travaillaient tous deux pour isoler des cultures bactériennes pures et durables. Ils ont utilisé des tranches de pommes-de-terre et de la gélatine.

Lina Hesse, qui a aidé à la production de milieux de croissance bactériens pour les projets de Walther, a suggéré d’utiliser de l’agar-agar, un extrait d’algue, comme alternative pour avoir un milieu de culture plus stable. Elle connaissait l’agar-agar par des amis de la famille qui avaient vécu à Java (Indonésie), où l’extrait d’algue était utilisé dans la cuisine et où les puddings ne fondaient pas dans les températures ambiantes plus chaudes du pays d’Asie du Sud-Est.

L’agar-agar s’est avéré être la solution à tous leurs problèmes! Robert Koch en a immédiatement reconnu les bienfaits, et il l’a utilisé pour isoler les fameux bacilles de la tuberculose. Ni Lina ni Walter Hesse n’ont été crédités pour l’utilisation de l’agar-agar en microbiologie.

Photos de Vanesa Ayala/Tasha Sturm (à gauche, tranche de pomme-de-terre, et à droite une plaque d’agar)

 

Pourquoi l’agar est-il si essentiel en microbiologie? 

La gélose est la solution parfaite car elle peut être mélangée à des milieux nutritifs, elle reste solide à haute température, et elle est transparente, indigeste par les micro-organismes et stérilisable.

Pour la première fois, les microbiologistes ont pu contrôler et contenir la croissance bactérienne de manière à ce que les bactéries puissent être facilement isolées. Ce processus apparemment simple est devenu un outil essentiel pour les microbiologistes. Isoler et cultiver des bactéries en culture pure est souvent une condition préalable pour les identifier et les étudier.

De nos jours, l’agar est même utilisé pour faire de l’art! Si vous jetez un œil au concours d’art sur agar organisé par l’American Society of Microbiology, vous serez fasciné.

 

Le milieu de Frau Hesse

Beaucoup ont sous-estimé la découverte de Lina Hesse. Mais le travail de Lina en tant qu’assistante de laboratoire signifie qu’elle avait de l’expérience avec les procédures techniques. Elle connaissait le métier, les difficultés et les besoins techniques. Ce que certains pourraient considérer comme une découverte chanceuse, c’est ce que nous appelons maintenant résolution de problèmes. Elle savait ce qu’elle faisait.

Pour un microbiologiste, une vie professionnelle sans agar est inimaginable. Pourtant, imaginez si tout le monde dans un laboratoire de microbiologie disait: “De combien de plaques d’agar Frau Hesse avez-vous besoin?”

En 1938, deux chercheurs et historiens reconnaissent l’importance de la contribution de Lina Hesse et suggèrent: ‘L’agar ne pourrait-il pas désormais être désigné comme “milieu de Frau Hesse?” Sa contribution à la bactériologie la rend immortelle.’

Pour un microbiologiste, une vie professionnelle sans agar est inimaginable. Pourtant, imaginez si tout le monde dans un laboratoire de microbiologie disait: “Je dois attendre que le milieu de Frau Hesse se solidifie” ou ”de combien de plaques FH avez-vous besoin?”

Cela cimenterait la contribution essentielle de Lina Hesse en microbiologie parmi le travail monumental de microbiologistes pionniers comme Walter Hesse, Julius Richard Petri et Robert Koch. Nous devrions payer l’honneur là où l’honneur est dû.

 

A propos de l’auteure

Vanesa Ayala-Nunez a plus de dix ans d’expérience en tant que chercheuse scientifique dans le domaine des maladies infectieuses. Travaillant à l’interface de la virologie, de l’immunologie et de la biologie cellulaire, elle a traité plusieurs agents pathogènes humains effrayants. Elle a fait son doctorat à l’Université de Groningen aux Pays-Bas et un post-doctorat à l’IRIM en France. Vanesa est aujourd’hui rédactrice scientifique, travaillant en France et en Allemagne. Elle collabore à différents projets de communication scientifique et est bénévole pour l’équipe de traduction des volontaires FEMS.

A propos de cette section du blog

La section #HistoryOfMicrobiology présente des histoires passionnantes et des faits moins connus sur… eh bien, l’histoire de la microbiologie. Y a-t-il une histoire à raconter dans cette section du #FEMSmicroBlog? Alors contactez-nous! 👇

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Translated into French by Anaïs Biclot

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